Bancassurance et Takaful en Algérie : état des lieux et perspectives de développement

Avec 8 milliards de DA de chiffre d’affaires en 2023 et une croissance de 43,7 % sur cinq ans, la bancassurance progresse en Algérie — mais son potentiel reste largement sous-exploité. Quels freins lever ? Quel rôle pour le Takaful ? M. Hadj Mahammed Ahmed, Vice-Président Exécutif de GAM Assurances, livre son analyse.

■  Cadre législatif et état actuel de la bancassurance en Algérie

Instituée par la Loi n°06-04 du 20 février 2006 et le Décret Exécutif n°07-153, la bancassurance en Algérie couvre principalement les assurances de personnes (accidents, maladie, vie-décès), l’assurance-crédit et les risques habitation simples. En 2023, son chiffre d’affaires atteint 8 078 millions DA, composé à 92,4 % d’assurances de personnes, avec une croissance de 43,7 % sur cinq ans (2019-2023).

Malgré cette progression, la part des assurances dommages reste marginale : seulement trois compagnies dommages pratiquent la bancassurance — deux publiques et une à capitaux étrangers.

■  Les freins au développement de la bancassurance dommages

Si la bancassurance vie progresse de façon encourageante, le segment dommages reste structurellement bloqué par plusieurs obstacles qui freinent son essor. En identifier les causes est la première étape pour y remédier.

  • Une gamme réduite de produits dommages admis par la réglementation.
  • La non-association des assureurs privés nationaux au processus de bancassurance.
  • Des commissions de distribution peu incitatives pour les banques.
  • Un réseau bancaire insuffisamment dense : environ une agence pour 26 690 habitants en 2023, contre une pour 8 000 à l’échelle mondiale.

■  Le Takaful comme levier de croissance pour la bancassurance

L’assurance Takaful peut devenir un levier puissant, à condition d’intégrer des canaux bancaires conformes à la finance islamique (banques participatives, fenêtres islamiques). Sa proposition de valeur — conformité à la Charia, solidarité, transparence — peut attirer une large clientèle bancaire sensible au caractère chariaïque des produits.

Les conditions de succès incluent : une bonne synergie de distribution banque-assureur, une gamme adaptée aux particuliers et PME, une politique tarifaire compétitive et l’intégration complète de la solution Takaful dans les systèmes d’information partagés.

■  Les réformes nécessaires pour libérer le potentiel

Pour que la bancassurance dommages décolle réellement en Algérie, des réformes structurelles s’imposent — à la fois réglementaires, commerciales et technologiques. Voici les leviers prioritaires identifiés par les acteurs du secteur.

  • Réviser à la hausse les commissions de distribution pour motiver les réseaux bancaires.
  • Associer les assureurs privés nationaux aux opérations de bancassurance des banques publiques.
  • Élargir la gamme de produits dommages autorisés (multirisques particuliers, PME, micro-assurance).
  • Encourager les alliances capitalistiques entre banques et assureurs.
  • Accélérer la digitalisation des réseaux bancaires et la généralisation de la monétique.

■  Perspectives : un potentiel de croissance considérable

Les marchés potentiels — assurances de personnes, risques dommages des particuliers, PME/TPE — restent largement vierges en Algérie. Le développement de la bancassurance, couplé à l’essor du Takaful et à la modernisation des réseaux, pourrait donner un nouvel élan décisif au secteur et contribuer à une meilleure inclusion financière.

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